TDA/H : Trouble de Déficit d'Attention avec/sans Hyperactivité

icon Tags de l'article :

Janvier 01, 2000
Yo !

Si vous êtes là... c'est que vous venez d'apprendre que je souffre (comme énormément d'autres personnes) d'un Trouble du Déficit d'Attention (sans hyperactivité dans mon cas), appelé aussi TDA/H ou AD(H)D en anglais.
Or, comme c'est souvent flou ou mal compris par les gens, je me suis dit que j'allais faire un petit article qui résume, sous la forme d'une FAQ, ce qu'est le TDA/H et comment ça m'affecte.

Déjà... c'est quoi exactement le TDA/H ?
Le TDA/H est un trouble neurologique qui affecte les capacités d'attention, de concentration et d'impulsivité.
Il s'agit d'un désordre neurologique, ce n'est pas une maladie. Ce n'est pas grave et ça n'affecte pas l'espérance de vie directement.
C'est un trouble inné, souvent héréditaire, dont il est impossible de se débarrasser.
Il est cependant possible d'en contrôler plus ou moins les effets à l'aide de thérapies, de coaching, de travail sur soi, et de médicaments.

Euh... d'accord. Et physiquement, ça vient d'où ?
Neurologiquement, le trouble vient d'une inconstance de présence de deux neurotransmetteurs au niveau du cortex frontal : la dopamine et la noradrénaline.
Ces neurotransmetteurs servent à réguler les circuits du plaisir, de l'énergie et de la motivation.
Leur présence irrégulière chez les personnes atteintes de TDA/H entraine une inconsistance de l'attention, du plaisir et de la motivation, notamment pour les tâches ou les relations de la vie de tous les jours.
En un résumé très bref : mon cerveau est câblé différemment du votre.

Bref... tu souffres d'un manque d'attention ?
Pas vraiment. Le nom français (comme anglais) est très mal trouvé. J'ai tendance à aimer résumer mon* TDA en 2 phases :
  • Très grosses difficultés à se lancer ou se motiver sur un sujet, un projet, une tâche, et ce même si c'est quelque chose qu'on aime / qui nous intéresse / qu'on doit faire / qu'on veut faire
On est très bon pour planifier des choses (ce soir je fais ça, ce weekend j'organise ça, la semaine prochaine je boucle ça, ...), mais on ne les fera jamais.
  • Incapacité à se concentrer ou à rester concentrer sur une tâche qui n'est ni urgente ni importante
Même sur une tâche importante ou pendant une conversation mon cerveau va dériver... et je penserai à tout sauf à ça.

Mais ton truc là, c'est pas juste de la flemme ? Ou la conséquence d'une sur-utilisation du smartphone ou du PC ?
Absolument pas. Déjà, les premiers diagnostics de TDA/H remontent à plusieurs dizaines d'années, à des périodes où les smartphones et les ordinateurs n'existaient pas.
D'ailleurs, la première description précise du TDA/H date de 1902.
Enfin, le TDA/H se voit clairement sur une IRM :
alt

D'accord, mais la conséquence c'est bien que tu deviens flemmard !
Pas totalement, mais en partie, oui, à mon plus grand désarroi.
Car comme je disais, ça me rend incapable de travailler sur une tâche répétitive, de m'avancer sur un travail, de rester concentré sur une tâche plus de quelques minutes...
Ca m'empêche même de m'investir sur mes passions, ou sur des choses qui m'intéressent !
Les seules tâches sur lesquelles j'arrive à rester un minimum concentré sont celles qui ont 0 enjeux et qui n'ont aucune importance (glande, jeux vidéos, lecture, séries TV, surf sur internet, ...)
Egalement, si j'ai quelque chose d'urgent et d'important à faire, je le ferai toujours au dernier moment, quitte à passer des heures/jours/mois à culpabiliser et stresser. Même s'il s'agit d'une simple tâche de 5 minutes.

Ah ouais, dur... et y'a des points positifs quand même ?
Oui. Les personnes atteintes de TDA/H ont tendance à briller dans les situations d'urgence, quand leur cerveau est abreuvé de dopamine et de noradrénaline.
C'est dans ces situations où le cerveau d'une personne atteinte de TDA/H fonctionnera le mieux, là où celui d'une personne neurotypique (donc pas atteinte de TDA/H) aura plus de mal.
Egalement, les personnes atteintes de TDA/H ont une capacité (ponctuelle) à hyperfocus sur une tâche. On est capable de plonger dans quelque chose et d'oublier ce qui se passe autour de nous pendant des heures/jours. Mais on ne le contrôle pas.

Et ça concernerait beaucoup de gens du coup ?
Oui, selon les études et chiffres, il ressort que 2 à 10% des gens souffriraient du TDA/H.
Cette fourchette est très large, car de nombreux pays sont très en retard sur le diagnostic du TDA/H.
Egalement, certains pays ont tendance à médicamenter à excès (comme les USA avec 9% des enfants traités) faussant encore plus les chiffres.

Mais du coup c'est pas juste les enfants ? J'avais entendu dire que seuls les enfants en souffraient.
C'est faux. De nombreuses études ont montré que le TDA/H persiste bel et bien chez l'adulte.
En France, et malgré les dernières études et l'avancée des diagnostics dans beaucoup autres pays, il est considéré, à tort, que le TDA/H disparait au moment du passage à l'age adulte. Ca arrive, mais c'est loin d'être le cas à chaque fois.

Mais du coup en France on ne peut être traité que si on est enfant ?
Même pas. Il est très difficile d'être traité efficacement en France.
Malgré les nombreuses études, et l'avancée des diagnostics dans d'autres pays, la France continue de considérer que le TDA/H n'existe que chez les enfants. Là il faut imaginer la France comme un enfant qui se bouche les oreilles en criant LALALALALALA J'ENTENDS RIEN.
A titre de comparaison, le pourcentage d'enfants diagnostiqués et traités pour TDA/H en France est inférieur à 0.5%. Soit 18x moins qu'aux USA.
La réalité est probablement quelque part entre les deux, et quelques millions de français souffrent du TDA/H quotidiennement, sans avoir aucune idée d'où vient leur problème.

Mais ... pourquoi ? En France les psychologues et médecins ignorent juste la maladie ?
De nombreux médecins et psychologues français ne connaissent même pas ce trouble, et ceux qui le connaissent considère que les causes du TDA/H sont psycho-sociales et situationnelles.
Ainsi, au lieu de traiter les enfants de façon médicamenteuse, et à l'aide de méthodes qui marchent, ils préconisent des thérapies, en se basant sur le contexte social de l'enfant. Il essaient ensuite d'aider l'enfant à l'aide de psychothérapie personnelles et/ou familiales.
Enfin, ils ne traitent pas les adultes, car pour eux ce trouble n'existe pas chez eux, et disparait lors de l'arrivée à l'âge adulte. (ce qui est faux, comme je le disais plus tôt)

Mais... si la cause est physique et se voit sur une IRM, une thérapie ne sert à rien ?
Tout à fait. Ca peut éventuellement aider à résoudre d'autres problèmes ou à faire en sorte que l'enfant et sa famille acceptent le trouble, mais ça n'aidera pas l'enfant à fonctionner plus efficacement.

Mais... qu'est-ce qui prouve que ce ne sont pas les médecins/psychologues français qui ont raison ?
Les dernières études. Elles ont toutes montré que le TDA/H pouvait apparaître dans absolument tous les cadres sociaux, chez basiquement... n'importe qui.
De plus, le fait que ce soit héréditaire, le fait que ça se voit sur une IRM, le fait que les médicaments aident à retrouver un comportement "normal", le fait que n'importe qui de n'importe quel milieu puisse avoir un TDA/H... montrent bien qu'on est au delà d'un simple problème psychologique.

Et les médicaments marchent ?
Oui, en partie. Personnellement ils me donnent la capacité de rester concentrer sur des tâches pendant 1 à 3 heures. Si tant est que les tâches m'intéressent un minimum.
Après ils ont de nombreux effets secondaires (maux de tête/ventre dans mon cas).
De plus, les médicaments ne suffisent pas. Il faut aussi énormément travailler sur soi, mettre en place du conditionnement, des règles, des "brain hack" pour pouvoir avancer.
Chaque jour est un combat... contre son propre cerveau.

Ce n'est pas trop dur à vivre ?
Ca dépend des gens. Certaines personnes s'épanouissent grâce à leur TDA/H, en prenant des métiers et des passions qui vont les abreuver en permanence avec les neurotransmetteurs qui leur manquent (urgentistes, traders, pompiers, restauration, etc.).
Pour les étudiants et les gens qui se retrouvent à travailler dans un environnement de bureau, c'est tout de suite plus compliqué.
Le fait de savoir qu'on n'aura jamais une "vie normale" au sens où on l'entend est difficile. Notre trouble rend difficile le fonctionnement dans notre société actuelle.

Et historiquement, ça viendrait d'où ?
D'après les chercheurs américains, cela viendrait de nos ancêtres. Jusqu'à il y a quelques milliers d'années, la plupart des humains étaient nomades, et chassaient, cueillaient, ne se reposant que peu et étant toujours sur le qui-vive.
Ils étaient, toujours d'après les mêmes chercheurs, assez proche du profil TDA/H. Nous sommes donc principalement des "chasseurs" ou des "cueilleurs".
Tout a changé à partir du néolithique où l'homme est devenu plus sédentaire grâce à l'agriculture. Ainsi, les nouvelles générations ont vu leurs capacités d'attention et de régularité progresser.
Mais pas nous.

Mais moi aussi j'ai déjà ressenti ce genre de choses, du coup j'ai le TDA/H !
Possible, mais peu probable.
Tout le monde a déjà eu des sautes d'humeur. Tout le monde a déjà eu du mal à se concentrer sur une tâche. Tout le monde a déjà eu du mal à se lancer sur un sujet...Mais il y a une différence majeure entre quelque chose qui vous arrive de temps en temps... et le fait que ce soit quotidien, constant, et un obstacle à effectuer même la tâche la plus basique, alors que vous avez envie de la faire !

Et comment savoir si on est atteint de TDA/H ?
De nombreux tests existent, en ligne, pour découvrir si on est atteint de TDA/H. Il ne tient qu'à vous d'en faire quelques uns.
Il existe aussi une poignée de spécialistes en France qui s'y connaissent vraiment sur le TDA/H et qui sont vraiment aptes à diagnostiquer et à aider les personnes atteintes de ce trouble.
Contacter un spécialiste est justement quelque chose que j'ai fait, et ça m'a beaucoup aidé. Je regrette juste de ne pas avoir découvert le TDA/H plus tôt.

Et tu peux nous résumer tes symptômes, toi, Tommy ?
  • Manque de motivation quasi-permanent. Même si c'est quelque chose que je DOIS faire, que je VEUX faire, ou que j'AIME faire. Réussir à me motiver pour faire quelque chose me demande 100x plus d'efforts que pour n'importe qui d'autre. Et ça... tous les jours.
  • Procrastination à l'extrême, incapacité à m'avancer ou à faire quelque chose avant le tout dernier moment
  • Oublis constants. A partir du moment où quelque chose n'est pas critique, il y a 9 chances sur 10 que je l'oublie.
  • Pertes d'argent. Majoration d'impôts car payés en retard, contentieux car oubli de régler des factures, chèques non encaissés retrouvés 2 ans après, ...
  • Démotivation et incapacité d'avancer sur des projets longs ou importants. Je suis incapable d'avoir une vision "tâche par tâche" ou encore d'avancer petit à petit. J'ai toujours une vision d'ensemble, ce qui me démotive en permanence quand je vois la montagne de choses à faire.
  • Passions jetables : je passe mon temps à me prendre d'affection pour de nouvelles passions, que je vais laisser tomber dès qu'il faut les pratiquer régulièrement (guitare, musculation, course à pied, natation, photo, vélo, ...)
  • Retards constants, oubli d'engagements, oubli de réunions, ...
  • Bougeotte, bouillonnement interne, excitation permanente, incapacité à rester immobile trop longtemps
  • Difficultés à suivre une conversation/réunion, mon cerveau divague au bout de quelques secondes/minutes en général, et il m'arrive parfois d'acquiescer sans avoir entendu un traitre mot de ce qui se disait, même si j'essayais.
  • Mauvaise estime de soi. J'ai des dizaines de projets (création de jeux vidéos, chaine youtube, postuler dans des sociétés super cool, projets web, projets de société, etc.) que je ne mènerais jamais à bien. Et je me déteste pour ça, car je VEUX avancer dessus. Mais j'en suis incapable. Je déteste mon cerveau...

Mouais... ça fait beaucoup. Franchement, ça donne juste l'impression que tu es un gros flemmard. Si tu veux réussir à faire des choses c'est un peu aussi à toi de te bouger !
Tu irais dire à quelqu'un gravement atteint de dépression qu'il a juste à voir la vie du bon côté pour aller mieux ?
Tu irais dire à quelqu'un en fauteuil roulant que s'il veut marcher il a juste à se bouger ?
Tu irais dire à quelqu'un atteint d'un cancer qu'il a juste à aller mieux ?

C'est toujours facile de juger les autres de notre position, avec un bagage personnel qui n'est pas le même, et un passé sans maladies ni troubles. Mais si tu es ici, c'est que je te juge assez intelligent·e pour comprendre véritablement mon trouble, pour me mettre à ma place.
Tu me connais probablement, et tu sais que j'ai des centaines d'idées, de projets, d'envies, d'intérêts. Et pourtant je n'arrive à rien réaliser.
Ce manque constant et quotidien de motivation... c'est un poids. C'est une véritable torture pour moi. Tout m'est beaucoup plus difficile que pour la majorité des gens, et c'est dur à vivre.

J'ai toujours du mal à imaginer...
Pour te donner un ordre d'idée de ce que je vis quotidiennement, imagine toi ça : tu rentres chez toi après une journée de 12h de boulot. Tu es crevé car tu as mal dormi la veille, tu as mal à la tête, mal au ventre, des courbatures de fou, et tu es de mauvaise humeur.
Tu te vois te lancer dans un projet ? Dans le rangement de ton appart ? Dans tes papiers ? Dans une passion ? Dans une session de sport ?
Le tout malgré ton état ? Non. Tu vas lancer une série, aller t'allonger, prendre un bouquin, lancer un jeu vidéo... Tu ne te lanceras pas dans un truc utile ou productif... SAUF si c'est ultra méga important, ou si tu as un énorme pic de motivation malgré ton état.
C'est plus ou moins ce que je vis... tous les jours.

D'accord, je comprends mieux. Un dernier mot ?
Yep, avant de remettre en cause tout ça, creuse vraiment le sujet. Et évite surtout de venir me parler de Michèle, ta voisine, qui avait un enfant hyperactif soigné par psychothérapie.
Ici j'ai parlé d'études, et je peux te donner tous les liens. Je n'invente pas ce que je dis, ou ne me base pas sur du racontar, ce ne sont que des choses qui ressortent de dizaines d'études basées sur des milliers de diagnostics, d'IRM et de traitements.
Rappelle-toi également que j'ai passé toute ma vie à me faire traiter de fainéant, de mauvais travailleur, de non investi, de personne qui gâche son potentiel...
Même quand il s'agissait de sujets que j'aimais. Et que je me suis détesté pendant 29 ans car je ne comprenais pas pourquoi je n'arrivais à rien mener à bien. Et malgré le fait d'avoir mon diagnostic aujourd'hui... je suis toujours incapable de me regarder dans une glace en étant fier de moi.

Mais tu t'en es bien tiré quand même donc bon... t'as pas à te plaindre !
Juste parce que j'ai eu de la chance. Juste parce que mon intelligence a réussi à compenser pour mon cerveau défaillant.
J'ai passé l'ensemble des mes études à me lever à 4/5/6h du matin pour faire mes devoirs au dernier moment, et m'en sortir avec la moyenne, uniquement grâce à mon cerveau. J'aurais 100x préféré avoir un cerveau normal.
Car malgré le fait que je m'en sois bien tiré, ça ne m'empêche pas d'être quotidiennement malheureux et jaloux des gens dont le cerveau fonctionne normalement.
Ca ne m'empêche également pas d'avoir une mauvaise image de moi, même si je sais que je ne suis pas fautif...

Voilà, j'espère que c'est plus clair pour vous, je vous souhaite une bonne journée !

*EDIT 13/11/2017 : il est à noter qu'il existe autant de TDA/H différents qu'il existe de personnes atteintes. Deux personnes atteinte du même trouble n'auront jamais exactement les mêmes symptômes. Certaines personnes seront plus impulsives, d'autres plus hyperactives, d'autres piégées dans un état apathique, etc.

Commentaires fermés

icon Flux RSS des commentaires de cet article

Les commentaires sont fermés pour cet article